Une forêt n’est pas une somme d’arbres : ce que la biodiversité souterraine nous apprend
Nous regardons souvent une forêt par ce qui dépasse du sol : troncs, feuillages, oiseaux, lumière. Pourtant, une grande partie de son fonctionnement se joue là où nos yeux ne vont presque jamais : sous nos pieds.
Une étude publiée en août 2026 dans Nature Ecology & Evolution montre à quel point la diversité des essences d’arbres et leur type de symbiose mycorhizienne peuvent façonner tout un réseau de vie souterraine, depuis les microorganismes jusqu’aux prédateurs du sol.

Un laboratoire forestier à ciel ouvert
Les chercheurs se sont appuyés sur l’expérience MyDiv, installée en Allemagne depuis 2015. Dans ce jeune peuplement forestier expérimental, ils peuvent faire varier deux éléments : le nombre d’espèces d’arbres présentes et le type de mycorhizes dominant.
Ils ont ensuite observé les organismes vivant dans la canopée, à la surface du sol et sous terre. Près de 100 000 invertébrés ont été identifiés et répartis selon leur place dans la chaîne alimentaire, en plus de l’analyse des bactéries et des champignons.
Plus d’essences, davantage de vie… surtout sous terre
Le résultat est net : lorsque la richesse en espèces d’arbres augmente, l’abondance et la diversité de nombreux organismes souterrains augmentent elles aussi. L’effet apparaît chez les microorganismes et les nématodes des niveaux trophiques inférieurs, puis se propage jusqu’à certains prédateurs de la mésofaune et de la macrofaune.
Au-dessus du sol, les effets sont beaucoup plus limités. Cela signifie que les bénéfices d’un peuplement diversifié peuvent être particulièrement puissants dans la partie la moins visible de l’écosystème.
Les mycorhizes ne sont pas un simple détail
Le type de symbiose mycorhizienne joue lui aussi un rôle structurant. Certaines essences s’associent principalement à des champignons ectomycorhiziens, d’autres à des champignons mycorhiziens arbusculaires. Ces stratégies influencent les nutriments, les racines, les microorganismes et, de proche en proche, le réseau trophique du sol.
Fait intéressant : les effets de la diversité des arbres et ceux du type mycorhizien étaient surtout additifs, et non amplifiés l’un par l’autre. Une forêt diversifiée ne devient donc pas automatiquement « meilleure » grâce à un mélange de mycorhizes ; les deux facteurs agissent en grande partie comme des moteurs distincts.
Pourquoi cela change notre manière de penser une forêt
Ces résultats rappellent qu’une forêt ne peut pas être réduite au nombre d’arbres qu’elle contient. Une plantation monospécifique et une forêt composée de plusieurs essences peuvent présenter une quantité de bois comparable tout en offrant des conditions très différentes à la biodiversité souterraine.
C’est aussi une invitation à dépasser l’image parfois trop simplifiée du « Wood Wide Web ». Les réseaux mycorhiziens sont importants, mais ils s’inscrivent dans un ensemble beaucoup plus vaste fait de racines, de nutriments, de bactéries, de champignons, de nématodes, d’invertébrés et de prédateurs.
Prendre soin du Vivant, c’est aussi prendre soin de l’invisible
Lorsque l’on parle de restauration ou de régénération forestière, la question n’est donc pas seulement : combien d’arbres allons-nous planter ? Elle devient aussi : quelles essences, quelles interactions, quel sol, quelle continuité écologique, quelle diversité voulons-nous permettre ?
Et cela change beaucoup de choses. Une forêt vivante n’est pas une collection d’individus alignés. C’est une communauté d’organismes dont la plupart nous échappent encore.





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