Sécheresses répétées : pourquoi tous les arbres ne réagissent pas de la même façon
Tous les arbres n’ont pas soif de la même manière. Et surtout, ils ne récupèrent pas tous de la même façon après un épisode chaud et sec.
Une étude publiée le 9 octobre 2026 dans l’European Journal of Forest Research vient apporter un éclairage précieux sur cette question. En analysant 29 espèces sur 130 sites forestiers européens, les chercheurs montrent que l’anatomie du bois influence la durée et la répétition du déficit hydrique subi par les arbres.

Observer un arbre qui se déshydrate… au millimètre près
L’étude repose sur des dendromètres, des instruments capables de mesurer de très petites variations du diamètre du tronc. Lorsqu’un arbre perd de l’eau et que ses tissus se déshydratent, son tronc se contracte légèrement. Lorsqu’il se réhydrate, il regagne du volume.
À partir de données collectées entre 2003 et 2018, les auteurs ont étudié la durée des périodes de déficit hydrique du tronc, leur intensité et leur éventuelle répétition au cours d’un même été.
Chaleur, sécheresse et récupération incomplète : le trio qui prolonge le stress
Le résultat principal paraît intuitif, mais il est désormais quantifié à grande échelle : plus la déshydratation est forte et la récupération incomplète, plus la période de déficit s’allonge. Des températures plus élevées et des conditions plus sèches prolongent également ces épisodes.
Mais la réaction varie selon le type de bois. Les chercheurs ont distingué les conifères, les espèces à bois poreux en anneau et les espèces à bois diffus. Les conifères et les espèces à bois poreux en anneau réagissaient plus fortement à l’intensité de la déshydratation. Les espèces à bois diffus étaient, elles, davantage sensibles à la répétition des épisodes de déficit au cours d’une même saison.
Pour ces dernières, la récurrence d’un nouvel épisode de déficit hydrique augmentait d’environ 12 % la durée attendue de l’épisode suivant. Ce n’est donc pas seulement la sécheresse qui compte : sa répétition et l’architecture hydraulique de l’arbre comptent aussi.
Une forêt française qui montre déjà des signes de tension
Ces résultats résonnent fortement avec l’Inventaire forestier national 2026. L’IGN constate une dégradation de l’état sanitaire des forêts françaises, une hausse de la mortalité et un ralentissement du puits de carbone. Il souligne aussi le rôle du sol : plus de la moitié des forêts françaises poussent sur des sols présentant une très faible réserve utile en eau.
Autrement dit, parler d’adaptation des forêts suppose de regarder ensemble l’essence, le type de bois, le sol, la disponibilité en eau, le microclimat et l’histoire récente des sécheresses. Il n’existe pas une essence « miracle » capable de résoudre seule le problème.
Regarder les arbres comme des organismes en équilibre
J’aime particulièrement ce que ces recherches nous obligent à voir : un arbre ne traverse pas un été sec comme un objet immobile. Il ajuste en permanence son équilibre hydrique, ferme ses stomates, modifie sa croissance, mobilise ses réserves et tente de se réhydrater lorsque les conditions le permettent.
Pour comprendre ce que cela implique à l’échelle d’une forêt, vous pouvez aussi lire l’article consacré à la régénération des forêts et celui sur les arbres comme puits de carbone





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