28 citations sur les arbres et la forêt : 7 sagesses du Vivant pour cheminer
Depuis toujours, les arbres accompagnent nos histoires, nos symboles et nos façons de comprendre le monde. Ils enracinent, se redressent, traversent les tempêtes, perdent leurs feuilles, attendent, vivent reliés et transmettent bien au-delà de leur propre existence.
J’ai eu envie de réunir ici 28 paroles venues de différents continents et de différentes époques, non comme une collection de jolies phrases, mais comme un chemin. Sept étapes pour regarder notre propre existence à travers les mouvements du Vivant.
Pourquoi 28 ?
28 comme l’écho symbolique du cycle menstruel, que l’on associe traditionnellement à vingt-huit jours — non comme une norme biologique immuable, car chaque corps possède son propre rythme, mais comme une image du temps vivant.
Un temps qui monte et redescend. Qui s’ouvre et se retire. Qui connaît son plein et son creux, son expansion et son dépouillement, sa possibilité d’accueillir la vie et son recommencement.
Comme la sève. Comme les saisons. Comme tout ce qui vit.
Pour les textes non francophones, les versions françaises proposées ici ont été retravaillées à partir des textes originaux lorsque cela était possible, ou d’éditions anciennes libres de droits, afin d’en préserver au mieux le sens.
1. S’enraciner — Revenir à soi, revenir à la Terre
S’enraciner est sans doute l’une des choses qui nous manquent le plus en tant qu’êtres humains.
Nous vivons beaucoup dans notre mental : nous ressassons ce qui a été, nous ruminons, nous anticipons ce qui pourrait arriver, nous nous projetons sans cesse ailleurs. Et pendant ce temps, nous oublions parfois le seul endroit où la vie se déroule réellement : ici, maintenant.
S’enraciner, c’est revenir à soi. Revenir à la présence, à l’instant, au corps.
C’est exactement ce que font les arbres et, avec eux, l’ensemble du monde végétal. Avant de s’élancer vers le ciel, l’arbre descend vers la Terre. Ses racines lui permettent de puiser l’eau et les minéraux dont il a besoin, de se stabiliser, mais aussi de nouer des relations avec les autres êtres du sol. L’enracinement n’est donc pas seulement une affaire de solidité : il est aussi une histoire de lien.
Et peut-être est-ce pour cela que les racines des arbres nous parlent autant des nôtres.

S’enraciner, c’est aussi revenir à ce qui nous constitue : nos origines, les lieux qui nous sont chers, les êtres que nous aimons, ce qui nous donne le sentiment d’être à notre juste place.
Pour moi, l’enracinement est une constante. C’est revenir dans certains lieux familiers. Prendre du temps pour ma famille. Retrouver la nature. Ressentir davantage avec mon corps plutôt que chercher à tout comprendre avec ma tête.
Je parle parfois de « travailler son ancrage », mais le mot travailler est sans doute trop fort. Il s’agit plutôt d’apprendre, encore et encore, à ressentir.
Sentir mes pieds sur la Terre. Sentir mon corps habité. Sentir ma présence. Et, plus profondément encore, sentir mon âme.
Finalement, s’enraciner, c’est peut-être cela : revenir suffisamment profondément en soi pour retrouver le Vivant auquel nous appartenons.
Comme un arbre puissant qui, dans la terre vierge, envoie au loin ses racines à travers roche, limon et argile, et prospère fièrement sous la pluie comme aux temps de sécheresse ; comme un arbre puissant qui descend profondément, très profondément, vers l’eau cachée sous terre… Ainsi voudrais-je vivre, dans une croissance riche et souveraine, touchant la surface et la profondeur des choses, goûtant les douceurs de l’existence comme ses blessures, percevant le charme subtil des formes qui changent, tel un arbre puissant face à mille tempêtes.
— Claude McKay, Like a Strong Tree
Les arbres sont des poèmes que la Terre écrit sur le ciel. Nous les abattons et les transformons en papier afin d’y consigner notre propre vide.
— Kahlil Gibran, Sand and Foam
Je suis un homme sincère, de là où pousse le palmier, et avant de mourir je veux faire jaillir les vers de mon âme. Je viens de partout, et partout je vais : je suis art parmi les arts, et dans les montagnes, montagne je suis. Je connais les noms étranges des herbes et des fleurs, les tromperies mortelles et les douleurs sublimes. J’ai vu, dans la nuit obscure, pleuvoir sur ma tête les rayons de pure lumière de la beauté divine.
— José Martí, Versos sencillos I
La nature est éternellement jeune, belle et généreuse.
— George Sand, La Mare au Diable
2. Se tenir debout — Oser prendre sa place
Une fois que nos racines sont là, bien présentes, que nous sommes reliés au sol, à nous-mêmes et à l’instant, il devient peut-être plus simple de prendre notre place.
Prendre sa place… vaste sujet.
C’est une question qui revient souvent dans les expériences de sylvothérapie. Mais que signifie-t-elle vraiment ? À quel moment peut-on dire que l’on prend sa place ? Et si nous avons le sentiment de ne pas l’avoir, est-ce parce qu’on nous l’a prise ? Parce qu’on nous l’a refusée ? Ou parce que, parfois, nous n’avons tout simplement pas osé l’occuper pleinement ?
L’arbre, lui, ne s’excuse pas de chercher la lumière.
Il pousse là où il est. Il déploie ses branches, oriente ses feuilles, capte ce dont il a besoin pour vivre. Il ne demande pas la permission de recevoir le soleil.
Et peut-être avons-nous quelque chose à réapprendre de lui.
Nous aussi, nous avons besoin de lumière. La lumière du soleil, bien sûr. La lumière divine, pour celles et ceux qui la ressentent ainsi. Mais aussi notre propre lumière.
Car il arrive que nous n’osions même pas reconnaître ce qui rayonne en nous. Comme si nous avions appris à nous diminuer, à nous retenir, à ne pas prendre trop de place.
Alors prendre sa place, c’est peut-être d’abord cela : oser reconnaître sa propre lumière pour lui permettre de rayonner.
Et seulement ensuite vient le mouvement vers le haut.
Non pas s’élever pour être au-dessus, mais se redresser. Retrouver son axe. Sa verticalité. Sa dignité.
Se tenir droit dans ce que l’on est.
Se tenir debout.
Et peut-être est-ce là l’un des gestes les plus profondément humains : nous redresser sur nos jambes et habiter pleinement notre place dans le monde.
Il existe au printemps une lumière qui n’est présente à aucune autre période de l’année. Une couleur se pose au loin sur les prés que la science ne peut saisir, mais que la nature humaine ressent.
— Emily Dickinson, A Light exists in Spring
Feuille après feuille, cœur après cœur, elles se déploient et se replient, pleines d’émotion.
— Li Qingzhao
Et les bois s’éveillèrent, vivants et frémissants, au pouls d’un chant dans le vallon.
— Henry Kendall, In the Valley
Rien n’est aussi beau que le printemps.
— Gerard Manley Hopkins, Spring
3. Traverser les tempêtes — Ne pas se perdre au cœur de l’épreuve
La vie n’est pas un long fleuve tranquille.
Et même sous le calme apparent de l’eau, il y a parfois des tourbillons.
Oui, vivre, c’est aussi cela : apprendre à danser sous la pluie, traverser les tempêtes et essayer de rester soi, même au cœur des épreuves.
Forcément, il y aura des vents. Forcément, nous connaîtrons des pertes, des bouleversements, des périodes de nuit noire. Mais même dans la plus violente des tempêtes, il est encore possible de revenir à soi. Parfois même, de s’y retrouver.
On parle beaucoup de résilience. D’adaptation. De souplesse.
Et pourtant, il m’arrive d’entendre des personnes me confier, au milieu des larmes, qu’elles en ont assez de devoir toujours s’adapter. Toujours être fortes. Toujours être souples.
Et je les comprends.
Car lorsqu’on a été beaucoup éprouvé, lorsqu’on est profondément fatigué, s’adapter encore peut demander un effort immense. Parfois, nous n’avons simplement plus l’énergie de plier davantage.
Alors peut-être ne s’agit-il pas toujours de chercher à mieux s’adapter.
Peut-être peut-on simplement revenir à soi.
Et déjà, rester soi, c’est beaucoup.

Comme les arbres au cœur de l’hiver, nous pouvons ralentir. Perdre nos feuilles. Cesser, pour un temps, de produire, de pousser, de chercher à aller plus loin.
Et attendre.
Attendre des jours meilleurs. Des jours plus propices. Que la lumière revienne. Que le soleil réchauffe à nouveau la terre, puis le corps. Que quelque chose, doucement, recommence à circuler.
Il ne s’agit jamais d’être invulnérable. Ni d’être fort ou forte à tout prix.
Il s’agit peut-être simplement de cela : traverser sans se perdre.
Les arbres, si longtemps immobiles, frémissent et recommencent à bouger.
— Katherine Mansfield, There Is a Solemn Wind Tonight
Le soleil disparut derrière les collines ; mais je savais que le lendemain, il se lèverait de nouveau.
— Olive Schreiner, Dreams
Je pressens les vents qui viennent, et il me faut les vivre, tandis qu’en bas les choses ne bougent pas encore… Puis je connais déjà les tempêtes, et je frémis comme la mer.
— Rainer Maria Rilke, Vorgefühl
Les nuages viennent flotter dans ma vie, non plus pour apporter la pluie ou l’orage, mais pour colorer mon ciel au couchant.
— Rabindranath Tagore, Stray Birds
4. Laisser partir — Accepter les cycles et faire de la place
L’une des plus grandes leçons de vie qui m’aura été donnée, c’est celle-ci : accepter la perte. Apprendre à laisser partir.
Perdre, partir ou laisser partir est difficile, surtout lorsque l’on se sent en insécurité. Car, d’une certaine manière, cela signifie accepter que quelque chose nous échappe. Que tout ne dépend pas de nous. Que nous ne pouvons pas tout retenir.
Et pourtant, ce dépouillement, les arbres le vivent chaque année.
À l’automne, ils laissent tomber ce dont ils n’ont plus besoin. Ils ne retiennent pas leurs feuilles à tout prix.

Dans nos vies aussi, certaines choses arrivent à leur terme. Des lieux. Des relations. Des habitudes. Des périodes de notre existence. Et parfois même certaines identités que nous avons longtemps portées.
Alors peut-être que perdre ne signifie pas forcément échouer.
Peut-être est-ce simplement faire de la place.
Faire de la place pour se transformer. Pour mieux se retrouver dans le dépouillement. Pour se reconstruire parfois. Ou, dans d’autres moments de vie, simplement pour changer de peau.
Car partir ou laisser partir peut aussi être cela : faire peau neuve.
Ces passages peuvent être doux ou bouleversants. Ils peuvent être choisis ou subis. Mais ils appartiennent eux aussi aux grands mouvements du Vivant.
Alors il ne reste parfois qu’à garder la foi.
À faire confiance à ce qui se transforme. À ce qui tombe. À ce qui disparaît sous la surface. À ce qui, parfois même, pourrit lentement dans le sol.
Car ce qui se décompose ne devient pas rien.
Cela devient humus.
Et dans cet humus, déjà, quelque chose se prépare.
Des graines pourront germer. De nouvelles racines pourront s’installer. Et un jour, de beaux arbres verront à nouveau le jour.
Dans le Vivant, ce qui tombe peut encore nourrir ce qui vient.
Mes rêves sont partis comme les feuilles qui voltigent ; pourquoi devrais-je rester derrière eux ?
— Sarojini Naidu, Autumn Song
Ne dois-je pas aimer cette saison qui meurt, qui ferme lentement ses ailes fatiguées ?
— Anna de Noailles, Songe d’un jour d’automne
Une rose elle demeure, la dernière et la moindre de toutes ; une rose pour moi, même dans la chute.
— Christina Rossetti, An October Garden
Chaque arbre a sa saison pour porter ses fruits : parfois il en est paré, parfois il paraît dépouillé. Le cyprès, lui, demeure toujours vert : telle est la qualité des êtres libres. […] N’attache pas ton cœur à ce qui passe. Si tu le peux, sois généreux comme le palmier-dattier ; sinon, sois généreux comme le cyprès.
— Saadi, Gulistan
5. Prendre son temps — Respecter les rythmes du Vivant
Dans nos sociétés actuelles, nous cherchons toujours à aller vite. À grandir, à croître, à avancer, à bouger.
Comme si rester immobile quelque temps était déjà prendre du retard.
Pourtant, dans le Vivant, tout ne pousse pas en même temps et tout ne fleurit pas au même moment.
Certaines fleurs nous accompagnent durant de longs mois quand d’autres n’offrent leur floraison que pendant quelques semaines. Les roses ont leur saison. Les tulipes la leur. Les tournesols aussi. Aucune plante ne semble se demander pourquoi elle ne fleurit pas au même moment que sa voisine.
Elle fleurit lorsque son temps est venu.
Nous, en revanche, voudrions souvent tout comprendre, tout obtenir, tout résoudre immédiatement.
Les arbres, les fleurs et l’ensemble du monde végétal connaissent pourtant d’autres rythmes. Ils connaissent les saisons, la dormance, les périodes végétatives, la lenteur. Ils connaissent surtout ces temps presque invisibles pendant lesquels, à nos yeux, rien ne semble se passer alors qu’en réalité beaucoup se prépare.
Une graine sous terre n’est pas inactive parce que nous ne la voyons pas pousser.
Un arbre en hiver n’a pas cessé de vivre parce qu’il ne produit plus de feuilles.
Alors prendre son temps, c’est peut-être simplement respecter les rythmes du Vivant.
Peut-être est-ce aussi pour cela que tant de personnes aujourd’hui disent se sentir en décalage. Qu’elles ressentent le besoin de ralentir, parfois sans même savoir exactement ce qu’elles cherchent.
Peut-être cherchent-elles seulement à retrouver un rythme qui leur soit plus juste.
Observer. Contempler. Attendre. Ne pas remplir chaque espace.
Nous avons appris à découper le temps en heures, en jours, en semaines, en échéances. Cette mesure nous est utile, évidemment. Mais le Vivant, lui, nous rappelle sans cesse une autre manière d’habiter le temps : celle des cycles.
Le jour et la nuit. La croissance et le repos. La floraison et le dépouillement. L’élan et le retrait.
Nous pouvons avoir l’impression que certaines heures s’étirent et que certaines années disparaissent en un instant. Notre expérience du temps se contracte ou se dilate avec nous.
Les cycles du Vivant, eux, continuent.
Et peut-être n’avons-nous pas toujours besoin de courir derrière le temps.
Peut-être pouvons-nous simplement retrouver notre place à l’intérieur de ses rythmes.
Car le Vivant n’est pas autour de nous comme un décor auquel il faudrait essayer de nous adapter.
Il est avec nous. Il est en nous. Et nous en faisons partie.
Dans la forêt demeure un merveilleux enchantement, toujours renouvelé à travers les jours et les années. […] Dans la forêt, dans la forêt bien-aimée — sanctuaire de la Nature et de la beauté sublime — mes sentiments se sont purifiés au feu de la beauté, et j’ai trouvé ma paix dans le monde de l’imaginaire.
— Abou el-Kacem Chebbi
Apprends le pin auprès du pin ; apprends le bambou auprès du bambou.
— Enseignement de Matsuo Bashō rapporté par Hattori Dohō
Le papillon ne compte pas les mois mais les instants, et il a assez de temps.
— Rabindranath Tagore, Fireflies
Vis chaque saison lorsqu’elle passe ; respire l’air, bois, goûte le fruit et abandonne-toi à son influence.
— Henry David Thoreau, Journal
6. Vivre relié — De la dépendance à l’interdépendance
Ce chapitre est peut-être l’un des plus importants de ce cheminement.
Être en reliance. Se souvenir que rien ne vit seul.
Au commencement de notre vie, nous sommes dépendants. De nos parents d’abord, puis parfois du regard de nos camarades, de la société, de nos relations, de notre conjoint ou de notre conjointe.
Nous sommes attachés aussi.
Et attaché n’est pas un gros mot. Nous avons besoin de liens. Mais il arrive que certains liens deviennent si serrés qu’ils cessent de nous relier pour commencer à nous retenir. Les fils deviennent des cordes. Et parfois, les cordes deviennent des prisons.
Alors vient souvent un autre mouvement : celui de l’indépendance.
À mesure que nous apprenons à nous connaître, à nous écouter et à prendre notre place, nous voulons pouvoir choisir par nous-mêmes. Beaucoup de personnes cherchent d’ailleurs l’indépendance dans leur vie personnelle ou professionnelle : créer leur activité, tracer leur propre chemin, ne plus dépendre des décisions des autres.
Cette étape est précieuse.
Mais l’indépendance absolue n’est peut-être pas davantage notre état naturel.
Car si être indépendant signifie n’avoir besoin de personne, alors nous risquons de nous isoler. De nous couper des autres. Du monde. Du Vivant.
Et, finalement, d’une partie de nous-mêmes.
Il existe peut-être une autre voie : l’interdépendance.
Dans l’interdépendance, nous restons des êtres singuliers, libres et authentiques, tout en reconnaissant que nous sommes profondément reliés.
Comme les arbres.
Ils partagent un sol, des ressources, de l’eau, des sucres issus de la photosynthèse au sein de réseaux impliquant notamment leurs racines et les champignons du sol. Ils accueillent les oiseaux et les insectes, portent les mousses et les lichens, donnent de l’ombre, deviennent refuge, nourriture, territoire ou point de rencontre.
Note scientifique : les recherches sur les réseaux mycorhiziens documentent des transferts de carbone et de nutriments entre plantes via des champignons ; leur ampleur et leur rôle écologique exact dans les forêts naturelles restent toutefois activement étudiés.
Et pourtant, chacun demeure cet arbre-là.
Nous pouvons peut-être apprendre à vivre de la même manière.
Être pleinement soi sans devoir se couper des autres. Reconnaître l’importance du groupe sans s’y dissoudre. Recevoir et donner. Soutenir et être soutenu.
Car lorsque nous disons « l’humain et la nature », quelque chose est déjà faussé dans la formulation.
Il n’y a pas, d’un côté, l’humain et, de l’autre, la Nature.
L’humain est Nature.
De la même manière que le renard est Nature, que le chêne est Nature, que le champignon, la rivière ou le merle sont Nature.
Nous ne sommes pas face au Vivant.
Nous sommes à l’intérieur du Vivant.
Reliés les uns aux autres, différents et pourtant appartenant au même monde.
À la fois uniques et un.
Lorsque nous essayons d’isoler une chose, nous la découvrons reliée à tout le reste de l’Univers.
— John Muir
Sur la route, il y avait de nombreux arbres, très anciens et d’une circonférence immense ; toute une caravane pouvait s’abriter à l’ombre d’un seul. Certains étaient creux, et l’eau de pluie s’y recueillait, de sorte qu’ils devenaient des puits où les voyageurs pouvaient boire. Dans d’autres vivaient des abeilles et leur miel. J’ai même vu, dans le creux d’un arbre, un tisserand qui avait installé son métier et travaillait là.
— Ibn Battûta
Ma terre a des palmiers où chante le sabiá ; les oiseaux qui chantent ici ne chantent pas comme là-bas. Notre ciel a plus d’étoiles, nos plaines plus de fleurs, nos forêts ont plus de vie, et notre vie plus d’amour.
— Gonçalves Dias, Canção do Exílio
Voir le Divin dans l’ordinaire
La Terre est pleine de ciel, et chaque buisson ordinaire brûle de Dieu ; mais seul celui qui voit retire ses chaussures…
— Elizabeth Barrett Browning, Aurora Leigh
Le Divin n’est pas ailleurs. Il peut se révéler au cœur du plus ordinaire, pour peu que notre regard redevienne capable de voir. Alors la relation au Vivant devient aussi, pour qui le ressent ainsi, une relation au sacré.
7. Transmettre — Laisser quelque chose de vivant derrière soi
La transmission est un concept qui m’anime profondément.
Laisser quelque chose de vivant derrière soi. Contribuer, à notre échelle, à l’humanité. Se demander ce qui restera lorsque nous ne serons plus là.
C’est aussi, au fond, la mission de Telomere Project : la transmission au service du Vivant. Transmettre, partager, faire circuler, permettre à quelque chose de continuer à se répliquer au-delà de nous.
Alors une question se pose : se pourrait-il que notre passage sur Terre ait un but ?
Peut-être que ce but est simplement d’expérimenter, de grandir, d’aimer, de comprendre un peu mieux qui nous sommes.
Mais peut-être pouvons-nous aussi aller plus loin et nous demander ce que nous allons transmettre.
Il ne s’agit pas forcément d’une œuvre immense ni d’un héritage spectaculaire. Pas nécessairement d’une fortune, d’un nom inscrit quelque part ou d’une réussite visible.
La transmission peut être beaucoup plus simple.
Une manière d’aimer. Une histoire racontée. Des valeurs incarnées. Des enfants accompagnés. Une connaissance partagée. Des arbres plantés. Un livre écrit. Une mémoire confiée.
C’est notre empreinte.

Notre lignée. Nos pas. Les endroits où nous aurons marché, créé, vécu, ri, aimé… et pleuré aussi.
La transmission peut être orale ou écrite. Elle peut se façonner dans la pierre, se planter dans la terre, se semer, se raconter, se répandre de proche en proche.
Elle peut prendre mille formes.
Et peut-être est-ce pour cela qu’elle possède quelque chose de profondément sacré.
Parce que transmettre, c’est accepter que ce que nous faisons ne nous appartienne pas tout à fait.
C’est remettre une part de nous au service de quelque chose de plus grand.
Du Vivant. Des autres. De celles et ceux qui viendront après.
Et peut-être aussi, pour qui le ressent ainsi, du Divin.
Transmettre, c’est laisser la vie continuer son chemin à travers nous, puis au-delà de nous.
Ces légendes sont les vestiges d’une terre autrefois vierge. […] Il existait d’autres mondes peuplés d’êtres légendaires : les Hommes-Étoiles du Ciel, les Oiseaux-Tonnerre faisant jaillir l’éclair en zigzag, et les mystérieux esprits des arbres et des fleurs. Sous un ciel ouvert, blottie tout contre la terre, j’ai entendu les anciens conteurs dakota me transmettre ces légendes. […] Et j’ai essayé de transplanter l’esprit originel de ces récits — racines comprises — dans la langue anglaise.
— Zitkala-Ša, Old Indian Legends
Puisse l’Amour te défendre contre la malédiction de l’oubli.
— Toru Dutt, Our Casuarina Tree
Si un arbre écrivait son autobiographie, elle ne serait pas très différente de l’histoire d’une race.
— Kahlil Gibran, Sand and Foam
Ne faites pas de mal aux arbres.
— Charlotte Mew, The Trees Are Down
Une forêt de paroles, un chemin qui continue
Ces 28 voix ne disent pas toutes la même chose, et c’est précisément ce qui me touche. Elles viennent de terres, d’époques, de langues et de traditions différentes. Pourtant, quelque chose circule entre elles : une intuition commune que l’être humain ne se comprend jamais tout à fait lorsqu’il s’imagine séparé du Vivant.
Les arbres nous parlent de racines et de verticalité, de saisons et de tempêtes, de perte et de patience, de lien et de transmission. Ils ne nous demandent pas de devenir comme eux. Peut-être nous invitent-ils simplement à nous souvenir de ce que nous sommes déjà : des êtres vivants parmi les vivants.
Ces 28 citations ne sont qu’une première promenade. Peut-être donneront-elles un jour naissance à un petit livre, plus ample, pour cheminer encore entre les arbres, les saisons et les sagesses du monde.
En attendant, il reste peut-être une question à emporter avec soi : qu’est-ce que le Vivant cherche à nous rappeler aujourd’hui ?





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