Les arbres-mères, des « hubs centraux » essentiels au sein des forêts
- Clotilde

- 17 mars
- 4 min de lecture
Depuis plus d’un quart de siècle, des chercheurs travaillent sur la communication entre les arbres au sein de réseaux souterrains. Or, ces recherches intègrent une dimension centrale : les arbres-mères, essentiels aux forêts. Si ces travaux pourraient remettre en question la compréhension humaine de l’écologie, ceux-ci sont également parfois l’objet de critiques.

Comprendre la notion d'arbres-mères
En 1997, l'écologiste forestière et biologiste de l’Université de Colombie-Britannique (Canada) Suzanne Simard est la première à affirmer que les arbres communiquent et échangent des ressources au moyen d'un réseau souterrain fongique : le Wood Wide Web, expliqué en détail dans l'un des articles déjà présent sur mon blog. Pour rappel, ce fameux "internet souterrain des forêts" est formé par des champignons (mycorhizes) reliant les racines des arbres, ce qui leur permet de d’échanger des transferts de carbone, d'eau et de nutriments, entre autres.
Au centre des réseaux mycorhiziens, nous retrouvons les arbres-mères. Il s'agit des arbres les plus anciens de la forêt, endossant le rôle de "mères nourricières" en s’assurant que les jeunes pousses reçoivent suffisamment de nutriments et de carbone pour survivre et se développer. Néanmoins, si les arbres-mères aident les arbres les plus jeunes, ils tentent également de sauver les arbres mourants ainsi que certaines souches d'arbres mortes en apparence mais qui restent bien vivantes sous terre.
En 2022, Suzanne Simard publie l'ouvrage A la recherche de l'arbre-mère : découvrir la sagesse et l'intelligence de la forêt, un mémoire scientifique en théorie révolutionnaire. Cette œuvre rappelle que les forêts sont des réseaux complexes et coopératifs connectés par des champignons souterrains et non de simples "collections" d'arbres en compétition, tout en focalisant sur le rôle des arbres-mères. Pour la chercheuse, les arbres-mères sont des "hubs centraux" dont le fonctionnement pourrait induire une transformation de la compréhension humaine de l'écologie.
Des connaissances importantes pour la protection et la gestion des forêts
Dans le cadre d'un reportage publié par ICI Radio Canada en 2020, un journaliste a suivi Suzanne Simard dans la forêt Malcolm-Knapp, en banlieue de Vancouver. Cette zone, qui n'est autre que le terrain d'étude de la spécialiste a fait l'objet d'une reproduction de cinq phases de déboisement. L'objectif était de mieux comprendre la notion d'arbres-mères. Ces cinq phases sont les suivantes : une coupe à blanc, une forêt déboisée à hauteur de près de 90 %, une troisième à environ 60%, une autre à 30% et enfin, une forêt laissée complètement intacte.
Suzanne Simard affirme que les arbres-mères - plus gros et plus anciens - servent de vaisseaux protecteurs dans la forêt. Certaines essences se distinguent des autres, notamment les sapins de Douglas (Pseudotsuga menziesii) capables de reconnaitre les pousses de leur propre espèce et les favoriser en leur envoyant des nutriments. Ce genre de capacité apparait comme étant cruciale lorsque le climat fait le grand écart en termes de température (entre la journée et le soir), à tel point que si les arbres-mères viennent à manquer, les arbres plus jeunes éprouvent du mal à se régénérer.
Selon la spécialiste, bien comprendre le fonctionnement des arbres-mères a plusieurs utilités. D'une part, il s'agit de poursuivre les efforts en matière de protection et de gestion des forêts et d'autre part, de reboiser de la meilleure façon possible, en intégrant notamment la notion de réchauffement climatique. Ainsi, s'il est très important de reboiser, il est tout aussi crucial de choisir les bonnes espèces à planter et d’identifier les génotypes les plus aptes à s’adapter à des climats plus chauds.
Des travaux parfois critiqués
Évidemment, Suzanne Simard n'est pas la seule à travailler sur la communication des arbres et la notion d'arbres-mères. C'est également le cas de l'ingénieur forestier allemand Peter Wohlleben, auteur de l'ouvrage La vie secrète des arbres (2017), dans lequel il préconise par exemple de limiter la coupe de bois avec de l’équipement lourd, source de dégradation des sols forestiers, en privilégiant le transport des récoltes à l'aide de chevaux et de systèmes de câbles (ropeways).
Cependant, il est essentiel de rappeler que pour faire autorité sur un sujet, tout travail scientifique doit pouvoir faire l'objet d'un consensus scientifique. Or, les travaux de Suzanne Simard et de Peter Wohlleben ont été critiqués dans le cadre de trois publications dans des revues scientifiques en 2023, comme le révélait un article du quotidien québécois La Presse.
Sans grande surprise, les points de discorde concernent les réseaux mycorhiziens et les difficultés relatives à la distinction de ce qui y transite, dans la mesure où les racines de différents arbres sont aussi interreliées. Il est également question de doutes concernant le lien entre la connexion aux réseaux mycorhiziens et la probabilité de survie (ou de croissance) des jeunes pousses, ou encore le soutien apporté aux souches.
En somme, les critiques remettent en cause la notion d'entraide et de communication entre les arbres, évoquant une anthropomorphisation de la vie végétale et des fondements scientifiques soit absents, soit controversés.
Pour l'heure et jusqu'à preuve du contraire, les travaux de Suzanne Simard et de Peter Wohlleben restent des hypothèses.
Au-delà du biologique : une présence ressentie, invisible mais bien tangible
Au-delà des réseaux invisibles que la science commence à dévoiler, il est une autre dimension, plus subtile, que certains ressentent au contact des arbres-mères… Ces géants anciens ne sont pas seulement des relais biologiques : ils se présentent comme de véritables présences. Des gardiens silencieux, empreints d’une sagesse lente et profonde, façonnée par les saisons, les tempêtes et les renaissances.
Leur tronc large semble ancrer la Terre, tandis que leur cime dialogue avec le ciel. Autour d’eux, une sensation d’espace s’ouvre, comme si leur aura diffusait une qualité particulière de calme, d’abondance et de sécurité.
De nombreuses approches en psychologie environnementale et en écopsychologie suggèrent d’ailleurs que le simple fait d’être en présence d’arbres matures influence positivement notre système nerveux, réduisant le stress et favorisant un sentiment d’apaisement (Bratman, Hamilton et al., 2015), notamment par rapport à une marche en ville.
Mais au-delà des effets mesurables, certains perçoivent une véritable “signature énergétique” : une douceur stable, une lumière presque palpable, comme si ces arbres nourrissaient aussi l’invisible. Ils deviennent alors des piliers vivants, irradiant une forme de présence qui soutient, relie et élève tout le vivant autour d’eux.
C’est cette dimension sensible et profondément vivante que nous avons la joie d’explorer et de ressentir ensemble lors de ma formation de sylvothérapie spirituelle 🌿




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